" Au fond, j'en suis sûr, ce sont les dessous, l'âme secrète des dessous qui, tenant tout lié, donnent cette force et cette légèreté à l'ensemble. " (Paul Cézanne), en d'autres termes l'invisible, ce qui est caché à première vue. Mais comment parvenir à traverser le visible pour atteindre cet espace ou cet état mystérieux dans lequel semble résider le secret du ravissement extrême ? Il paraît être en suspens au revers des choses, surgissant de là où l'on ne s'y attend pas.
 
Toujours en quête d'instants fugaces de ravissement et d'émerveillement face au monde et aux choses de la vie, ma recherche est comme une promenade dans un interstice de l'univers où l'on se retrouve ... en face de l'envers du monde. Mes travaux tentent d'en être les témoins, grâce à des matières et matériaux variés - fibres, papiers, textiles, Plexiglas, feuilles d'or... - qui vont composer ces espaces de vie. Entrons donc dans l'entre-deux afin d'y découvrir des "instants parfaits" (Virginia Woolf), des milliers de choses et de riens, de petits riens, des milliers de sensations qui croisent notre passage. Ces instants surgissent, puis ils nous ravissent, et enfin nous nous en saisissons. C'est à rebours que se déroule la réalisation des travaux plastiques qui en découle : de ces instants saisis au passage, je cherche à retourner à leur origine, c'est-à-dire à leur surgissement.
 
Ecritures imaginaires, miroirs qui nous renvoient vers un infini insoupçonné, panneaux transparents à travers lesquels le regard se perd vers d'autres horizons, sculptures de fibres, évidées mais emplies de secrets...
 

Virginia Woolf nous dit "je sens qu'une forte émotion doit laisser sa trace; et qu'il s'agit simplement de découvrir comment nous pourrions la suivre, de manière à revivre notre passé depuis son commencement.". C'est ainsi que je tente, à travers mon travail, de "rendre visible" (Paul Klee), de donner vie et corps à tous ces instants captés au détour de chemins de traverse. C'est une recherche incessante de la rencontre avec l'instant propice qui adviendrait dans un lieu nouveau qui serait un croisement entre deux espaces déjà existants : leur interface. La matière ainsi transformée, modelée, collée, mise en volume, assemblée... en laisserait entrevoir son épaisseur. Il devient alors difficile de dire si l'on se trouve devant ou à l'arrière d'une œuvre, à l'intérieur ou à l'extérieur, simple regardeur ou acteur de ce qui nous est donné à voir...

C'est en partant d'un entre-deux temporel que ma recherche se propose donc de découvrir un entre-deux matériel. Le temps d'un instant, on s'y glisserait presque...